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Les contes du Camion

Lundi 10 mars 2008

  …et le septième jour…

 

 

            Le dieu fou, encore plus fou que d’habitude, piétinait sa colère à grands cris :

            « Alors toi, tu crois qu’une femme c’est comme une dépanneuse ! Non mais, tu veux me faire passer pour quoi !?...déjà que… »

            Le Camion avait les bronches aussi coincées que lors de son dernier rhume.

            « Bon, c’est vrai que des fois c’est vrai », continua le dieu fou d’une voix radoucie, « mais c’est pas une raison ! » hurla t’il.

            « Tu veux que je te fasse une exégèse du trottoir, toi qui es tout le temps collé contre ? »

            Eh ! et lui, il la rencontrait où Dominique, sur les arbres ?

            Tout en s’étranglant, le dieu fou se mit au volant du Camion et ils s’enfuirent tous les deux vers des contrées moins chargées d’opprobres à venir.

            La route étant parfois ce qu’elle est, il neigeait. Bas. Même en descente. Le Camion ronronnait dans sa torpeur habituelle en se disant que de toutes façons, il n’en était pas à une dépanneuse près.

            Et les flocons tombaient. Et les panneaux défilaient : « Danger : chute de pierres » - « Chute d’arbres » - « Chute de neige » - « de grêle » - « de pluie » - « de verglas » - « de vaches » - « de gazelles » - « d’avions »…

            Et quand le Camion vit : « Danger : chute en contrepet », il ne fit aucune remarque au dieu fou, mais se dit :

            « Bof ! Qu’importe la pente pourvu que fonde la neige !... »

                                                       (...suite )
par Papy Dulaut publié dans : Camion
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Lundi 10 mars 2008

Merci, le temps !

 

            Le réveil fou, une grosse bosse sur le front, se tâtait les côtes. Il demanda au Camion quelle heure pouvait-il être et comme celui-ci était encore vexé du jeu de mots affreux que lui avait servi le réveil fou, il ne lui répondit pas.

            Le réveil fou, aussi fou que le dieu fou, ne s’affola pas. A un moment ou à un autre, il rattraperait bien le temps qui passait, et même si c’était l’inverse, il verrait plus tard. L’important c’était d’être à l’heure.

            L’ennui – il y en avait quand même un – c’était qu’il ne savait plus du tout ce qu’il avait à faire et hésitait, à juste titre, à le demander au Camion. Lui, il suivait sa route avec la fidélité de l’amant qui n’a plus de maîtresses et qui jouit d’un repos, sinon mérité, à tout le moins exquisément consommable.

            Le réveil fou se demandait même si, entre le Camion et la route, il n’y avait pas quelque chose qu’il n’avait pas bien compris…

            Sur ce, il se demanda aussi s’il avait vraiment quelque chose à faire – question à laquelle il ne répondit pas plus qu’à la première qu’il s’était posé (pour mémoire : qu’est-ce qu’il avait à faire ?)

            Il ne se rappelait pas que le dieu fou lui ait dit quoi que ce soit à propos de quoi que ce soit, ni même, comme d’habitude, à propos de n’importe quoi, et c’est alors que le réveil fou se rappela que c’était selon l’approche réciproque de l’incompréhension mutuelle qu’il décidait si oui ou non le dieu fou lui avait dit quelque chose.

            Le réveil fou se sentit soulagé, mais ça ne changeait rien à ce qui allait suivre.

            Et ça a suivi.

            Jusqu’à ce que le temps passe et s’arrête auprès du réveil fou, histoire de le remonter.

                                                    (...suite)

 

                                            
par Papy Dulaut publié dans : Camion
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Lundi 10 mars 2008

Mais, quelle heure est-il… ?


 

            Le réveil fou, pour passer le temps, se lissait les aiguilles et il trouvait ça très agréable.

            Il les prenait une à une dans ses petites mains agiles, se les mettait dans le bec, suçait tout ce qu’il pouvait sucer et puis il les remettait en place. Comme il l’avait vu faire par les pigeons sur la place du marché la semaine dernière.

            Il se plaisait à rêver à la prochaine paire d’ailes que le dieu fou allait peut-être lui offrir à Noël, et comme il planait déjà pas mal, il était sûr de savoir s’en servir très vite et très bien, tout en se demandant pourquoi les pigeons ne savaient pas suspendre leur vol.

            Comme il se posait cette question subsidiaire à souhait, le compère du réveil fou, le temps, passa le voir, comme il le faisait parfois.

            Après la troisième bouteille vint la quatrième qui leur fit découvrir que l’hypoténuse des Bermudes avait été apprivoisée et qu’elle était au moins égale à Pythagore avec son lit au carré. Vieux souvenirs d’écoliers entre deux camarades qui se retrouvaient, Pythagore ayant été leur professeur préféré qui les avait suspendus tous les deux pour une durée vraiment indéterminée.

            Ils en étaient à ce stade de l’égarement mathématico-temporel quand le Camion voulut mettre un frein à tout ceci. Et le réveil fou de lui répondre :

            « Quand le frein est tiré, il faut le boire ! »

            Et, de fil en aiguille, la cinquième bouteille aurait pu parachever l’œuvre disciplinaire de Pythagore, si le dieu fou, d’un grand coup de poing sur la tête du réveil fou, n’avait remis les pendules à l’heure.

                                                                                     (...suite)

par Papy Dulaut publié dans : Camion
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Lundi 10 mars 2008

Amour, quand tu nous viens

 

                    Si l’amour était aveugle, le dieu fou était myope.

            Même au téléphone.

            Et le Camion, avec tout le bon sens populaire des camions, fredonnait d’une roue mutine, sur la route qui le conduisait où il allait, ce refrain – légèrement obsédant car il avait oublié les couplets – :

            « Amour à lunettes, pourquoi tu persévères ? »

            Heureusement que le Camion n’était pas à pied, il y a de temps de en temps des limites que le dieu fou ne franchit que parfois. Celle-ci n’en faisait pas partie… quoique – est-ce que ça aurait changé quelque chose au flou de la vision naturelle du dieu fou ?... Quoi de plus ressemblant à un flou flou qu’un flou flou ?

            Ce discernement que le Camion établit au bout d’un moment – un moment aussi précisément incertain était quelque chose de rare – éclaira la voie qui devait être tracée depuis un certain temps déjà, d’ailleurs il faisait nuit, et bien lui en prit – à la nuit – car ce jour-là le dieu fou aurait pu passer à côté sans se souvenir que l’amour était aveugle et la nuit amoureuse.

                                                            (...suite)

par Papy Dulaut publié dans : Camion
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Lundi 10 mars 2008

Encore ?

           
            En bruit de fond, le cri rauque de l’amygdale sauvage répondait au feulement du pneu avec une telle inquiétude lascive qu’un caoutchouc pas mûr aurait pu se fondre dans la nuit la plus avancée sans que cela éveille, de la part de la prochaine aurore, la moindre prise de conscience du crépuscule à venir.

            L’implacabilité latente de la situation ajoutait sournoisement à l’angoisse ambiante une atmosphère étrange que n’auraient reniée ni chênes ni roseaux militant pour le droit à la différence.

            En effet, le Camion s’était plié à la volonté du destin qui, habilement quotidien – surtout la nuit – l’avait amené en cet endroit d’où il pouvait voir le bas de la rue qui tournait pour mieux monter. En haut de la rue, c’était pareil, sauf que pour monter c’était naturel, même si ça tournait aussi.

            Et le Camion, avec la faculté innée des camions, avait compris – aurait-il eu un phare poché et une porte cochère – que le côté borgne du passage louche que le dieu fou avait emprunté n’était pas dû au hasard !

            Dominique avait-elle encore déménagé ?...

            Le Camion, trouvant que c’était une question qu’il se posait trop souvent, décida de penser à autre chose. Ce qu’il fit très bien.

            Laissant errer son inattention sur tout ce qui pouvait le mériter, il en vint à remarquer quelques feuilles mortes de trottoirs et des platanes qui cachaient un lampadaire – tellement caché que le Camion se demanda si les lampadaires avaient un nez et que même s’ils en avaient un jusqu’où pouvaient-ils y voir.

            Il alla jusqu’à se demander comment un lampadaire myope pouvait travailler.

            Comme il n’en était pas à une solution près, il ne se dit rien de plus que tout ce qu’il avait déjà imaginé.

            C’est alors qu’il vit la boîte aux lettres.

            Juste aux pieds du lampadaire.

            Et la lumière jaillit… du Camion.

            Quoi d’étonnant à ce qu’un lampadaire fasse les yeux doux à une boîte aux lettres ?
                                                               
(...suite)                                                                                                              
par Papy Dulaut publié dans : Camion
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Dimanche 9 mars 2008

Les scientifiques, mesurant le méthane dégagé par les vaches, prouvent au moins une chose : on peut paître et avoir pété.

par Papy Dulaut publié dans : Papyriades
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Dimanche 9 mars 2008

Courrier-express

 

            A croire que le Camion était contaminé par le dieu fou ! (Alors que ce dernier, à ce moment précis, n’était pas plus fou que d’ordinaire – ce qui représentait malgré tout une performance certaine.)

            Le Camion s’était garé non seulement sur le trottoir mais presque sur une boîte aux lettres qui en était devenue couleur canari hépatique.

            Et le Camion ne voulait plus bouger !

            Le dieu fou n’en revenait pas de ne pas devenir plus fou encore ! – c’était peut-être impossible – ! De la tête à la queue du Camion, il avait tout vérifié – même l’invérifiable, ce qui ne le dérangeait nullement – tout était en état de marche, surtout l’essentiel : les roues, le moteur et le reste.

            Et le Camion était en panne !

            Même l’ésotérisme de la situation était dépassé par les arcanes fondamentaux du moteur à explosion. Le dieu fou était prêt à imaginer des tables tournantes enrhumées d’un mauvais courant d’air qui aurait eu de l’asthme, tout en décryptant les dernières paroles de la cinquième roue de la charrette accidentée qui se retrouve peinte en blanc dans le jardin du voisin qui en connaît un rayon sur le spiritisme.

            De toute façon le dieu fou ne croyait en rien – ou en tout.

            Si bien qu’il se rappela que le pragmatisme existait encore. Pragmatisme qui se résumait en deux mots : fourrière !

            Et si la fourrière n’était pas un danger pour les camions errants – on n’attrape pas les mouches au treuil hydraulique – elle le devenait pour les camions à l’arrêt.

            Après maintes démarches auprès des services qui auraient pu être concernés : le commissariat du coin, le bistro d’à côté, le garagiste fermé, le S.O.S. en braille, le dieu fou en était au même point mort que le Camion.

            Et ça aurait pu ne pas en finir puisque tout en était là.

            Les PTT apprirent beaucoup plus tard que les boîtes aux lettres ne pratiquaient pas la téléportation. Et le Camion n’aspirant qu’à quelque repos, ne le savait pas.

                                                                                     (... suite)

par Papy Dulaut publié dans : Camion
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Dimanche 9 mars 2008

  Qualités


            « Quelles sont les qualités que tu me trouves, chéri ? »

            Qu’est-ce que ça pouvait vouloir bien dire ?...

            Depuis hier soir le Camion se posait cette question, sinon d’autres que le manque de réponse à la première n’impliquait qu’à posteriori.

            « Quelles sont les qualités que tu me trouves, chéri ? » avaient été les derniers mots de Dominique !...

            Les derniers mots que le Camion avait entendus, bien sûr, le reste se perdant dans une suite de sons mouillés, chuintant au ras des dents d’un ascenseur qui décolle.

            Le Camion réfléchissait au point mort et tout contact coupé avec l’extérieur vu qu’il se trouvait dans un parking tout aussi privé et couvert que l’avait été la suite de monts souillés, suintant au chas des dents d’un escalier qui racole.

            Et que même si c’était pas ça, c’était pour donner une image de la précision avec laquelle le Camion se penchait sur la question.

            Il se mit en code – de tête – afin de percer le brouillard de son incompréhension.

            La lumière qui en résulta aurait pu éblouir la compréhension de l’Univers sans que celle-ci s’en aperçoive.

            Des qualités ?... ! (…) du côté performant : une bonne assise sur des pointes de vitesse suffisamment souples mais fermes en côte et même en descente, dans un confort où il y a tout ce qu’il faut partout, et devant et derrière, avec les rétroviseurs panoramiques à droite, à gauche et au milieu, les pneus imperméables mais pas trop pour pas que ça déjante, la crémaillère non voilée dans son approche du volant, et le fin du fin, l’antenne parabolique qui fouille les zones peu fréquentées !

            Le Camion se demandait même si… le radar… ?...

            Le sonar… ???...

            Des qualités ?... ! (…) du côté sécurité : les freins bien sûr, mais il avait les mâchoires si souvent humides qu’il se demandait… si le parachute… ?

            Il voyait pas bien quoi rajouter, à part les maladies qu’il pouvait contracter à tout moment par trop grande chaleur ou par froidure extrême.

            Il trouvait aussi, apparent paradoxe, que le quat’ quatre était plus sûr et plus attrayant.

            Il en était là de ses réflexions quand le dieu fou, l’air aussi hagard que d’habitude, le rejoignit.

            Dominique était restée près de l’ascenseur :

            « Je crois que tu les as trouvées » dit-elle en forçant la voix. Le dieu fou répondit par deux coups de klaxon qui, dans ce parking souterrain, retentirent comme trois cornes de brume en plein théâtre.

           
Même à l’oreille, le Camion n’y comprenait rien.   

                                                                                (…suite)


par Papy Dulaut publié dans : Camion
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Dimanche 9 mars 2008

A la gare

           
            Le Camion s’étranglait les cervicales avant !

            Foin de pléonasme, il n’avait aucun doute là-dessus !

            Le coût du lapin aurait pu être plus élevé que le trottoir de droite, la fulgurance de la paralysie aurait été assurément la même.

            Et encore parce que ça aurait pas pu être pire !

            Le Camion était parqué ! oui, parqué ! comme un animal domestique dans un de ces lieux où l’abandon des camions était autorisé.

            Même si l’abandon était provisoire et même s’il fallait payer, c’était ignominieux !

            Un parking de gare… ! pourquoi pas le chenil, tant qu’il y était.

            Le dieu fou l’avait planté là et avait couru comme un ignoble vers la sortie la plus proche – que ne pouvait-elle être la plus éloignée !...

            Une gare – pas routière – le Camion savait ce que cela voulait dire : un train électrique avec des wagons et des rails, et les enfants s’amusent.

            Ils se font des chatouilles dans les tunnels, se frottent dans les virages, font semblant de rien dans les côtes et s’enlacent dans les descentes.

            Quel dégoût ! Le Camion imaginait sa route avec des voies d’un conformisme pareil, et qui réprimanderaient ceux qui se font des chatouilles dans les côtes, se frottent dans les descentes, s’enlacent dans les virages et qui ne voudraient pas fermer les yeux sur ce qu’ils se font dans les tunnels !

            Il en était là de son dégoût quand le dieu fou revint enlacé par…Dominique ?...

            Le Camion comprenait maintenant le pourquoi de la gare : Dominique y avait laissé l’arrière-train.
            Mais il ne comprenait pas pourquoi Dominique ne s’appelait plus Dominique, ni pourquoi elle était aussi ici.                       

                                                                (…suite)

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par Papy Dulaut publié dans : Camion
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Dimanche 9 mars 2008

Tu viens déjeuner ?


           
Midi, l’heure où la petite ville devient grande si les petits camions ne la mangent pas.

            Et les petits camions avaient faim.

            Et voyaient rouge car ils n’étaient pas au vert. La famine qui sévissait ailleurs ne les regardait pas plus que les pyramides regardaient le nombril de Napoléon.

            Tout cela donnait au Camion l’impression d’être à un carrefour de l’histoire :

            « Qu’est-ce qu’on mange à midi ? »

            La rumeur de la rue n’était plus qu’un appel avide, un abîme gargouilleux aux borborygmes voraces, un gouffre torturé par ses propres déglutitions convulsives, papilles ensalivées au fond de gorges déchirées par les sucs âcres des salives bavantes jusqu’aux boyaux intra-caverneux – à l’écho creux – d’une écoute vide à engloutir sa langue en trois coups de klaxon orgiaques, long comme un intestin de comptoir débauché jusqu’aux amygdales et dont l’appétit s’exsangue au tréfonds des glandes biliaires, hépatiques en plein buffet, ulcéreuses au ras du foie cuisiné sur l’estomac tordu par la curée d’une boulimie grasse, dégoulinant ses doigts en boudin de réfectoire.

            Le dieu fou en cala Et pourtant le Camion était au régime.                   

                (...suite)

par Papy Dulaut publié dans : Camion
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