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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 19:07

La poésie n’a pas besoin de tour de contrôle pour atterrir

            « Je te veux belle comme un avion de brebis ! »

            Le dieu fou tenait son poème par le bon bout avec cet alexandrin baroque.

            Ca plaira à Dominique se dit-il accoudé au comptoir de l’aéroport qui s’occupait des choses célestes d’ici-bas, dont Dominique. Celle-ci, pressée de revoir le dieu fou, avait pris la ligne la plus courte, donc la meilleure, pour mettre fin à la plaisanterie qui consistait en, ce qu’à la fin on ne savait plus qui c’était Dominique (à part le réveil fou qui ne le savait même pas au début).

            « Si j’ai l’avenir de ne pas te connaître… » continua le dieu fou. Non ! pas ça. Si j’ai l’avenir de ne pas te connaître… l’ambiguïté est trop précise.
            « L’agneau dans ses draps blancs tête l’herbe et s’endort, »
            « Et la nuit sans nuage berce une côte de porc. »

C’est bon, c’est moins cruel !

            « O ciel sans rivage, que je m’amarre à toi, »
            « Que ton air soit les fenêtres de notre toit. »

J’ai pas intérêt à le dire à haute voix !

            « Chez la boulangère y’a le choix : la croûte ou la mie, »
            « Et tel mon planning des choses vraies de la vie, »
            « Je te veux belle comme un avion de brebis ! »

            Le dieu fou finit son poème si rapidement que Dominique arriva, avec au cœur un certain nombre de sentiments plus ou moins contraires à eux-mêmes, et aux lèvres un certain nombre de questions qu’elle n’allait pas tarder à poser si le dieu fou ne l’entraînait de suite dans un endroit plus serein.

            Ce qu’il fit !

            Le parking de l’aéroport était presque désert. Le Camion, sachant que le dieu fou serait accompagné de Dominique, se découpait au loin dans une aimable attente.

            Ils arrivèrent tout près de lui, ouvrirent les portières qu’il convenait d’ouvrir et s’installèrent.

            C’est alors que le dieu fou tira son poème de sa poche, le piétina à deux mains, en fit une grosse boulette qu’il n’essaya même pas d’avaler mais qu’il jeta par la fenêtre.

            C’est aussi alors que Dominique oublia toutes ses lèvres, ainsi que leurs questions quant à son identité, soit multiple, soit occulte, soit autrement et fit une grosse bise au Camion.

            Celui-ci avait écrit :

                        « Pour Dominique,

            Le ciel est là,
            Ses nuages sont blancs,
            Ses quatre pattes ont un mouton
            Et si la cinquième est le vent,
            Les nues sont vêtues de ce qu’on ne voit pas.

                         Signé : Le Camion »


 

(...Suite)

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